11.02.2006

Comment améliorer le libéralisme ?

Le libéralisme est-il soluble dans la démocratie ?

Une chose est remarquable à propos du libéralisme : tant qu'il était en compétition idéologique avec les valeurs communistes, c'est-à-dire jusqu'à la chute du bloc de l'Est, il était obligé de faire bonne figure et de chouchouter son peuple non seulement en lui offrant une liberté inexistante derrière le rideau de fer, mais également en acceptant de développer les acquis sociaux, d'améliorer en permanence les conditions de vie et de travail, de protéger les plus faibles et de resserrer également et progressivement les inégalités entre riches et pauvres.

Par contre, depuis l'effondrement du communisme, le libéralisme montre son vrai visage. Non seulement il a anéanti les valeurs du communisme c'est-à-dire l'idée même d'égalité, le désir d'améliorer les conditions de travail, les acquis sociaux, la protection des faibles, mais il écrase également et doucement ses propres valeurs de liberté, et surtout les valeurs fondamentales de la démocratie, c'est-à-dire la souveraineté du peuple.

Il semblerait donc qu'il soit absolument nécessaire pour accéder à un libéralisme sain, qu'il ait un contre-pouvoir suffisamment puissant pour le contrôler. En l'occurrence : des médias libres et indépendants du marché, des systèmes de contrôle puissants et de force égale au marché, et une justice nationale et internationale plus forte que le marché.

 

Sans cela, le libéralisme restera ce qu'en pensent Maurice Allais, lauréat du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, dans un article du Monde du 14 mai 2005 intitulé « Aveuglement »
  • « Une confusion essentielle résulte ici de la signification attribuée au mot libéralisme. En fait, la doctrine libérale est une doctrine politique destinée à assurer les conditions, pour vivre ensemble, des ressortissants d'une collectivité donnée (en l'occurrence les collectivités mondiales puisque le libéralisme dit oeuvrait pour la mondialisation). Mais, dans les discussions actuelles, le “libéralisme” correspond à ce qu'il conviendrait plutôt d'appeler la “chienlit laisser-fairiste” . Il convient donc de mettre entre guillemets le mot “libéralisme”, tel qu'il est utilisé actuellement par les principaux partis politiques. »

 

Commentaires

Je ne suis pas sûr que la chute du communisme suffise à expliquer le néo-libéralisme actuel. Ce vent libéral, il ne faut pas l’oublier, a débuté en 1980, avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan. A l’époque, le communisme était encore vivant. Il est certain que la fin de l’empire soviétique a facilité la mondialisation, cependant n’oubliez pas qu’il reste des régimes communistes dans le monde : la Chine, Cuba pour ne citer que ces deux pays. Si l’URSS avait survécu, elle aurait sans doute suivi le même chemin que la Chine : un capitalisme d’état jouant la mondialisation sans rien céder politiquement. C’était sans doute ce qu’avait essayé de faire Gorbatchev, mais il a raté sa transition car l’empire était vermoulu.
Si l’on voulait retrouver l’origine de la situation, il faudrait regarder du côté des économistes idéologues américains. Tout ça a commencé il y a plus de 30 ans, avec la fin des accords de Bretton Woods (1971) puis la crise pétrolière (1973). Je vois la chute du communisme plutôt comme une conséquence que comme une cause de la « chienlit laisser-fairiste. »

Ecrit par : moi | 12.02.2006

C'est vraiment toujours très interressant de vous lire, et vos commentaires remettent de la rationnalité dans mes conceptions bien souvent trop intuitives et éronnées.

Si donc comme vous le dites si justement, le neo libéralisme débute dans les années 80 avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan, se pourrait-il que ces 2 chefs d'êtats aient su la fin du communisme et ses répercutions politiques et aient ainsi placé leurs pays réciproques dans les meilleures conditions pour une évolution ultra libérale ?
comment se fait-il aussi, que les médias aient été vendu en même temps au libéralisme ?
pourquoi enfin, c'est cet ultra libéralisme qui se soit imposé plutot qu'un libéralisme social, compromis du meilleur de l'est et du meilleur de l'ouest ?

jmt

Ecrit par : jmt | 12.02.2006

Non, je ne crois pas que Reagan et Thatcher aient su ce qui allait se passer. En fait, peu de gens ont su prédire l’effondrement du communisme dans les pays de l’est, c’est un événement qui a surpris tout le monde. On savait que l’économie du bloc soviétique traversait une crise économique grave, mais l’armée semblait si puissante qu’on ne s’imaginait pas qu’elle permettrait une dislocation de l’empire. Les plus optimistes pensaient que le régime allait évoluer tout doucement, à la chinoise, et les plus pessimistes pensaient que cela finirait dans un bain de sang, voire dans une troisième guerre mondiale.
Pourquoi l’ultra libéralisme s’est imposé ? Je crois que c’est l’influence des USA qui a joué, ils ont voulu imposer leur modèle. Il y a aussi la puissance des multinationales qui ont su défendre leurs intérêts et capter les médias. Puisque vous citez Maurice Allais, je crois qu’il donne pas mal d’explications à ce sujet, notamment comment à partir de 1974 les pays européens, sous l’influence de la commission de Bruxelles, se sont ralliés à la vision anglo-saxonne de l’Europe (il faut rappeler que la Grande-Bretagne n’est entrée dans la CEE qu’en 1972.)

Ecrit par : moi | 13.02.2006

Les commentaires sont fermés.